Étude de la coopérative AccessibilitéWeb (2003)
En 2003, un important rapport appuyé sur l'analyse de 200 sites Web du Québec et du Canada conduit à l'identification des principaux problèmes d'accessibilité en matière de conception Web.
En décembre 2003, la Fondation des aveugles du Québec rendait publique une étude sur l'accessibilité du Web francophone au Québec et au Canada. Cette recherche, réalisée en partenariat avec l'Institut Nazareth et Louis-Braille et le W3Québec, dévoilait les résultats d'une évaluation portant sur 200 sites Web de langue française, évaluation menée selon les exigences établies par le programme Web Accessibility Initiative (WAI) du World Wide Web Consortium (W3C).
Les résultats de cette recherche indiquent que sur les 200 sites Web évalués (un total de 800 pages), 84 % des sites affichent un niveau d'accessibilité variant de Faible à Nul.
Sur 17 sous-groupes, deux sous-groupes seulement reçoivent la mention Bon alors que 7 ont eu la mention Très faible. Les trois meilleurs sous-groupes sont dans l'ordre : Services aux personnes handicapées, Centres de réadaptation et Associations de personnes handicapées. Le sous-groupe Gouvernement du Canada est en 4e position alors que le sous-groupe Gouvernement du Québec est en 10e position sur 17. Les trois sous-groupes dont les sites sont les moins accessibles sont du meilleur au pire : Sports et loisirs, Art et culture, Emplois et carrières.
Résultat global des erreurs les plus fréquentes
Pour les priorités de niveau 1, les erreurs les plus fréquentes sont :
- Images, boutons ou zones sans équivalents textuels (taux de fréquence de l'erreur : 78 %)
- Une image, une image-lien ou une zone sensible d'une image cliquable doivent comporter un équivalent textuel donnant une brève description de son contenu ou de la fonction du lien. Sinon, les personnes aveugles n'auront accès qu'au nom du fichier image ou à l'adresse du lien, ce qui rendra le contenu peu ou pas compréhensible. Cette pratique permettra également d'indexer ce contenu par les moteurs de recherche et d'améliorer le positionnement du site. Par ailleurs, un élément graphique purement décoratif doit comporter un équivalent vide (alt="").
- Contenu ou fonction inutilisables sans javascript (taux de fréquence de l'erreur : 72 %)
- La programmation javascript est souvent utilisée pour créer des effets dynamiques comme des menus déroulants. Toutefois la plupart des lecteurs d'écran en braille ou synthèse vocale ne supportent pas cette technologie. En y ajoutant 13 % des utilisateurs qui n'ont pas accès à javascript ou l'ont désactivé, nous atteignons une proportion significative des internautes. Il faut donc ajouter une section NOSCRIPT donnant un contenu équivalent, reprenant, par exemple, les liens contenus dans les menus déroulants. Toutefois, cette section NOSCRIPT ne sera visible que si javascript est non disponible ou a été désactivé. Dans la plupart des cas, le problème des lecteurs d'écran est différent, car javascript est généralement activé. Il s'agit plutôt d'un problème d'accès aux contenus qui apparaissent dynamiquement. Il faut donc également offrir des liens redondants en bas de page ou, au minimum, un lien vers un plan complet du site qui est accessible sans javascript.
Pour les priorités de niveau 2, les erreurs les plus fréquentes sont :
- Erreurs de codage HTML ou CSS (taux de fréquence de l'erreur : 95 %)
- Certains navigateurs comme Internet Explorer sont extrêmement tolérants pour les erreurs de codage, ce qui encourage une certaine négligence chez les auteurs Web. Toutefois, des navigateurs plus accessibles ou des lecteurs d'écran en braille ou en synthèse vocale n'ont pas la même tolérance et les erreurs de codages créent souvent des problèmes d'accessibilité au contenu. Prendre l'habitude de valider le code avant de le mettre en ligne permet d'éviter ce genre de problème.
- En-tête non ou mal utilisé (taux de fréquence de l'erreur : 77 %)
- La structuration d'une page à l'aide d'en-têtes de niveau 1 à 6 (H1 à H6) permet aux utilisateurs de lecteurs d'écran en braille ou en synthèse vocale d'accéder facilement au plan de la page et de se déplacer facilement à la section qui les intéresse. Cette façon de faire compense en partie pour le manque de vision globale de l'écran qui permet à un utilisateur voyant d'aller directement à l'information pertinente.
- Caractères trop petits (taux de fréquence de l'erreur : 76 %)
- Il ne s'agit pas d'une règle d'accessibilité de la Web Accessibility Initiative, mais plutôt d'une recommandation du Nielsen Norman Group dans un document intitulé "Beyond ALT Text: Making the Web Easy to Use for Users with Disabilities". Jakob Nielsen est un auteur reconnu dans le domaine de l'utilisabilité et de la convivialité du Web. Il recommande d'utiliser des caractères d'une taille minimale de 11 points, ce qui équivaut à une taille de 92 % ou 0.92 em si l'on utilise des mesures relatives qui ont l'avantage d'être extensibles. Cette pratique bénéficiera non seulement aux personnes ayant une limitation visuelle, mais à une grande majorité des utilisateurs de plus de quarante ans. N.B. : Compte tenu que cette recommandation ne fait pas partie des règles d'accessibilité de la WAI, elle n'est pas prise en compte dans l'établissement de la note pondérée.
- Codage désapprouvé ou désuet (taux de fréquence de l'erreur : 66 %)
- Les balises désapprouvées ou désuètes, la balise FONT par exemple, sont généralement utilisées pour contrôler la présentation de la page, ce qui devrait être laissé à la feuille de styles CSS. Cette façon de faire crée des contraintes de présentation qui ne peuvent être désactivées par les utilisateurs ayant une limitation visuelle afin d'obtenir un contenu plus lisible, d'où l'avantage de distinguer clairement le contenu et sa structure de sa présentation avec la feuille de styles.
- Scripts inaccessibles au clavier (taux de fréquence de l'erreur : 58 %)
- Les scripts sont souvent utilisés pour illuminer les liens ou les images-liens, dérouler des menus ou afficher des informations contextuelles. Ces fonctions doivent être accessibles aussi bien au clavier qu'à la souris pour les utilisateurs qui sont incapables d'utiliser cet outil à cause de leurs limitations motrices ou visuelles. Cela est particulièrement vital quand les scripts permettent d'accéder à de nouveaux contenus qui resteraient autrement cachés à certains utilisateurs.
- Tailles de polices fixes (taux de fréquence de l'erreur : 55 %)
- Les unités de mesure des tailles de polices doivent être extensibles (en pourcentage, par exemple) pour s'adapter aux besoins des personnes ayant une limitation visuelle. Bien que la plupart des navigateurs récents offrent un zoom qui s'applique à toutes les unités de mesure, Internet Explorer, le navigateur ayant la plus grande part de marché (93 %), n'offre le choix qu'entre deux niveaux d'agrandissement des caractères qui deviennent malheureusement inopérants sur des caractères utilisant des mesures fixes comme les points ou les pixels.
- Étiquette de formulaire mal associé ou manquant (taux de fréquence de l'erreur : 45 %)
- Les auteurs Web doivent associer explicitement les étiquettes et les champs de formulaires. Sinon, les lecteurs d'écran en braille ou en synthèse vocale doivent jouer aux devinettes pour donner l'information aux utilisateurs aveugles, ce qui augmente le risque d'erreur et peut rendre un formulaire inutilisable.

